6 JUIN 1944: Le Débarquement de Normandie

Publié le par L' équipe du blog.

6 juin 1944

Le débarquement de Normandie


Le 6 juin 1944, à l'aube, une armada de 4266 navires de transport et 722 navires de guerre s'approche des côtes normandes. Elle s'étale sur un front de 35 kilomètres et transporte pas moins de 130.000 hommes, Britanniques, Étasuniens ou Canadiens pour la plupart. Plus de 10.000 avions la protègent.

Baptisé du nom de code « Overlord » (suzerain en français), cette opération aéronavale demeure la plus gigantesque de l'Histoire, remarquable autant par les qualités humaines de ses participants que par les prouesses en matière d'organisation logistique et d'innovation industrielle et technique. Elle était attendue depuis plus d'une année par tous les Européens qui, sur le continent, luttaient contre l'occupation nazie.

Les prémices du Jour J en vidéo

Dès la fin 1943, le débarquement est préparé dans le plus grand secret en Angleterre. Celle-ci devient un immense camp retranché avec partout des camps militaires, des aéroports de fortune... et 3.500.000 hommes venus de tous les pays alliés mais aussi des pays occupés. Ils sont entraînés intensivement en prévision du Jour J (« D Day » en anglais).

Le plus qualifié pour diriger l'opération serait le général américain George Marshall mais le président Roosevelt veut le garder à ses côtés.

Le commandement revient donc à l'un de ses adjoints, le général Dwight Eisenhower, dit « Ike », un Texan de 54 ans préféré au général George Patton, jugé trop impulsif...

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Intox

Au début de l'année 1944, les Soviétiques ont franchi le Dniepr et envahi la Roumanie et la Bulgarie. Pour les Allemands, la défaite n'est plus que l'affaire de quelques mois. L'ouverture du « second front » à l'Ouest doit l'accélérer.

Dwight Eisenhower et ses adjoints, les généraux américains Omar Bradley et George Patton ainsi que le maréchal britannique Bernard Montgomery, décident de débarquer en Normandie, au sud de la Seine.

Il faut dire qu'une tentative de débarquement à Dieppe, au nord de la Seine, le 19 août 1942, s'est soldée par le sacrifice d'une division canadienne. Ce drame leur a prouvé qu'il est vain de vouloir s'emparer des grands ports du Nord de la France.

Par contre, les plages de sable qui s'étendent entre l'estuaire de la Seine et la presqu'île du Cotentin (plus précisément entre l'Orne, la rivière qui traverse Caen, et la Vire, la rivière qui traverse Saint-Lô) se prêtent à un débarquement rapide et sont moins bien défendues que les ports du nord.

L'objectif est d'installer une tête de pont sur ces plages puis de s'emparer du port en eau profonde de Cherbourg, à la pointe de la presqu'île du Cotentin, afin d'intensifier les débarquements d'hommes et de matériels.

Il n'empêche que d'impressionnantes fortifications parsèment le littoral océanique des Pyrénées à la Norvège. Ce « mur de l'Atlantique » (Atlantikwall en allemand) a été construit en toute hâte par l'Organisation Todt, mobilisant 450.000 soldats et travailleurs sur 6000 kilomètres, de la Norvège aux Pyrénées et sur le littoral méditerranéen.

L'arrière-pays du Cotentin a aussi été inondé par les Allemands dès janvier 1944 et protégé contre d'éventuels atterrissages par des pieux, tranchées, mines etc.

Hitler lui-même attend avec impatience le débarquement. Il croit pouvoir le repousser aisément et, de la sorte, mettre hors jeu les Anglo-Saxons avant de reporter toutes ses forces contre l'Armée rouge ! Sur la foi de l'Abwehr (les services secrets allemands), il est convaincu que le débarquement allié aura lieu au nord de la Seine, à l'endroit le plus étroit de la Manche et à 300 kilomètres seulement du centre industriel de la Ruhr.

Les Alliés font de leur mieux pour l'en convaincre. Ils montent pour cela l'opération « Fortitude » (courage en français), avec, face au Pas-de-Calais, dans la campagne du Kent, une impressionnante concentration de blindés en baudruche gonflable et d'avions en contreplaqué. Ils laissent croire au rassemblement d'un million d'hommes sous le commandement du prestigieux général Patton.

Cette intoxication s'avère à tel point réussie qu’ Hitler persistera à croire jusqu'en juillet 1944 que le véritable débarquement aura lieu dans le Nord. Cela permettra aux Alliés de n'affronter que 17 divisions allemandes sur les 50 présentes dans la région, les autres attendant dans le Nord un deuxième débarquement qui ne viendra jamais.

Les forces allemandes de Normandie totalisent près de 300.000 hommes. Elles sont placées sous le haut commandement du prestigieux feld-maréchal Erwin Rommel.

Comme le temps est mauvais sur la côte normande dans les premiers jours de juin et exclut toute tentative de débarquement, Rommel prend la liberté d'une virée automobile en Allemagne pour fêter l'anniversaire de sa femme.

Il n'a pas prévu que le temps allait subitement se mettre au beau dans la nuit du 5 au 6 juin. Cette nuit-là, il n'y a que 50.000 soldats de la Wehrmacht pour faire face à l'armada alliée. Parmi eux une moitié de non-Allemands et en particulier beaucoup de Slaves engagés de force, les Osttruppen, dont la valeur guerrière n'est pas la première qualité.

Débarquement à haut risque

En raison de la tempête qui sévit sur la Manche, le général Dwight Eisenhower a déjà reporté le débarquement du 4 au 6 juin. Si la tempête persiste, il faudra un nouveau report de deux semaines...

– Le 5 juin, à 4h15, le général est informé par le responsable de son service météo d'une accalmie de 36 heures au-dessus de la Manche. Après quelques minutes de réflexion, il décide d'engager sans délai l'opération Overlord tout en rédigeant un communiqué pour le cas où l'opération échouerait.

– Dans la nuit du 5 au 6 juin, le Débarquement commence par une immense opération aéroportée qui ferait passer les films de James Bond pour d'aimables bluettes. Au début de la nuit, les Alliés larguent d'abord de faux parachutistes, des mannequins gonflables qui crépitent et explosent en touchant le sol. Ils ont pour effet d'affoler les troupes allemandes et de les disperses dans l'arrière-pays !

Vers minuit, trois cents éclaireurs (pathfinders) sont parachutés pour de bon derrière les marais du littoral, sur la presqu'île du Cotentin. Ils balisent les terrains d'atterrissage destinés aux planeurs qui les suivent.

23.500 parachutistes de trois divisions aéroportées (2395 avions et 867 planeurs) sont lâchés derrière les lignes allemandes. Leur mission est de dégager la plage baptisée Utah et de couper la route nationale qui relie Caen à Cherbourg à Sainte-Mère-Église.

Certains parachutistes de la division 101e Airborne tombent par erreur au centre du village où ils sont mitraillés par les Allemands avant d'avoir touché terre. L'un d'eux, John Steele, relativement chanceux, reste toute la nuit accroché au clocher.

D'une manière générale, l'opération aéroportée frôle le fiasco : du fait de la tempête, les planeurs et les parachutistes atterrissent plus ou moins loin de leurs objectifs et souvent dans les marais, les arbres ou les talus. Mais ce désordre a aussi pour effet bienvenu de désorganiser les garnisons allemandes qui ne savent plus où donner de la tête.

Dans le même temps, des hommes-grenouilles cisaillent les barbelés posés par les Allemands en mer.

À l'intérieur des terres, les réseaux de résistance s'activent. Ils ont été avertis du débarquement par des messages codés de la radio anglaise, la BBC.

Parmi eux deux vers de Verlaine :
« Les sanglots longs des violons de l'automne
Blessent mon cœur d'une langueur monotone ».

Le jour J

Au matin du Jour J, à 5h30, les avions alliés et une demi-douzaine de cuirassés bombardent les fortifications des plages et des falaises.

Une heure plus tard, cinq divisions (deux américaines, deux britanniques et une canadienne) commencent à débarquer sur autant de plages aux noms codés.

De l'ouest vers l'est, Utah et Omaha(troupes américaines), Gold (troupes britanniques), Juno (troupes canadiennes) et Sword (troupes britanniques et détachement français).

Les hommes progressent sur les plages sous le feu des Allemands qui tirent du haut des blockhaus, ces derniers étant eux-mêmes pilonnés par les cuirassés alliés depuis le large.

La résistance de la Wehrmacht est rude en dépit de la médiocrité des troupes, en particulier sur Omaha Beach où les Américains frôlent la catastrophe.

À l'ouest de cette plage, un commando de Rangers escalade avec grappins, échelles et cordes la pointe du Hoc sous le feu ennemi. On lui a demandé de détruire à titre préventif une grosse batterie d'artillerie mais quand les survivants du commando arrivent à l'endroit en question, c'est pour s'apercevoir que les six canons de la batterie ont été démontés et mis à l'abri par crainte des bombardements !

Une tête de pont cher payée

La chance sourit en définitive aux Alliés. Pendant toute la journée, ils n'ont à affronter que deux avions de chasse allemands. Quant aux redoutables Panzers ou chars d'assaut allemands, ils sont inexplicablement restés en réserve à l'intérieur des terres, mis à part une contre-attaque au petit matin sur Sainte-Mère-Église.

C'est ainsi qu'à la fin de la journée, malgré les cafouillages et les fautes du commandement, 135.000 hommes ont déjà réussi à poser le pied sur le sol français. À noter la présence de 177 fusiliers-marins des Forces Françaises Libres sous le commandement du capitaine de corvette Philippe Kieffer parmi les troupes qui ont débarqué à Sword. Ce commando français s'illustre dans la prise du port d'Ouistreham.

Les émouvants cimetières blancs des falaises témoignent encore aujourd'hui du prix de ces actions héroïques, sanglantes et souvent désordonnées.

Les Américains déplorent 3.400 tués et disparus, les Britanniques 3.000, les Canadiens 335 et les Allemands 4.000 à 9.000. Les trois cinquièmes des pertes alliées se sont produites sur la plage Omaha. Mais, au total, les pertes des Alliés s'avèrent beaucoup moins importantes que le général Eisenhower ne le craignait.

Les bombardements massifs des villes normandes et des noeuds de communication ont par ailleurs causé la mort de 2500 civils.

Au soir du 6 juin, les Alliés ont finalement réussi à établir une tête de pont sur la côte. Ils n'ont pas atteint tous les objectifs fixés par l'état-major, en particulier la prise de Caen, confiée aux Britanniques, mais leur implantation est solide et ils peuvent mettre en place toute la logistique indispensable à une offensive de longue haleine.

La « guerre des haies »

Les Anglo-Saxons avaient prévu dans les moindres détails le débarquement et l'occupation des plages mais ils avaient sous-estimé les difficultés du combat dans le bocage normand, avec ses haies très denses qui freinent la progression des blindés et privent les hommes de toute visibilité. Pendant plusieurs jours, ils vont piétiner sur une tête de pont profonde d'à peine une dizaine de kilomètres.

Depuis les plages d'Utah et Omaha, la 1ère armée américaine du général Bradley progresse enfin vers Cherbourg, dont elle s'empare le 26 juin, mais les Alliés n'en tireront aucun profit car le port a été rendu inutilisable par les Allemands.

Le général américain se dirige ensuite vers la Bretagne mais se heurte à la résistance de Saint-Lô...

Devant Caen, où le terrain est relativement dégagé, Montgomery a cru pouvoir forcer le passage dans la journée du 6 juin ! Mais les blindés allemands du colonel Meyer lui opposent une résistance farouche. En désespoir de cause, un mois plus tard, le 6 juillet 1944, le Britannique fait appel à l'aviation. Mauvaise idée...

La capitale historique de la Normandie est littéralement pulvérisée par les vagues de bombardiers. Cela ne va pas pour autant faciliter l'avance de Montgomery. Ses blindés sont bloqués par les gravats ! Et tandis que la population civile de la ville a été décimée, les soldats allemands n'ont subi que très peu de pertes et vont résister jusqu'à la fin juillet.

Désespérant de sortir de la presqu'île du Cotentin, les Alliés décident dès lors de bombarder les villes de Basse-Normandie à l'égal de Caen, au motif de briser les communications ennemies. Ces bombardements sans véritable nécessité stratégique vont causer 14.000 victimes dans la population civile, dont 2.500 dans les premières heures du débarquement.

Le 31 juillet, les chars de Patton arrivent à percer le front à Avranches, au sud-ouest, sur la baie du mont Saint-Michel.

Sur ordre d’ Hitler, les Allemands venus de la vallée de la Seine tentent dans un ultime sursaut d'isoler les Américains mais se font piéger dans la « poche » de Falaise. Ils arrivent néanmoins à en sortir sans dommage et refluer en bon ordre vers l'Allemagne.

La « guerre des haies » aura duré près de huit semaines. La Normandie est définitivement libérée le 12 septembre 1944 avec la prise du Havre, de l'autre côté de l'estuaire de la Seine, une semaine après que le port aura été à son tour réduit en cendres.

Non, ce n'est pas le Débarquement qui eu raison du nazisme

Par sa puissance technologique... et par la grâce d'Hollywood, Overlord est aujourd'hui la bataille la mieux connue de la Seconde Guerre mondiale.

Le Débarquement soulagea incontestablement les Soviétiques, qui avaient rejoint trois ans plus tôt les Britanniques dans la guerre contre Hitler et en supportaient l'effort principal. Il hâta sans conteste de plusieurs mois la capitulation de l'ennemi commun.

Mais les véritables tournants de la guerre furent les batailles d'El-Alamein, Stalingrad et Koursk, après lesquelles la chute du nazisme n'était plus devenue qu'une question de temps. Il est vrai que les cinéastes les ont très peu mises en valeur.

Le Débarquement fut au demeurant assez peu meurtrier si on le compare à certaines journées d'août 1914 ou de la bataille de Stalingrad. Rappelons aussi que les Américains ont perdu 200.000 soldats au total sur l'ensemble des fronts du Pacifique et de l'Europe. C'est... cent fois moins que les Soviétiques (vingt millions de victimes civiles et militaires).

Mais il est vrai que le sacrifice des jeunes Américains et leur héroïsme magnifique suscitent davantage d'empathie que celui des Soviétique endurcis par les horreurs de la guerre de partisans face aux nazis.

6 JUIN 1944: Le Débarquement de Normandie
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