INAUGURATION DU TUNNEL SOUS LA MANCHE LE 6 MAI 1994

Publié le par L' équipe du blog.

L’inauguration du Tunnel sous la Manche

le 6 mai 1994

Le 6 mai 1994, François Mitterrand, président de la République, et la reine du Royaume-Uni Elizabeth II, étaient réunis à Coquelles (Pas-de-Calais), puis à Folkestone, côté anglais, pour les cérémonies officielles d’inauguration du Tunnel sous la Manche reliant la France et l’Angleterre. L’ouverture du tunnel à la circulation se fera progressivement, navettes pour poids-lourds, trains de marchandises, navettes pour voitures, et enfin les TGV Eurostar, filiale de la SNCF, le 14 novembre 1994. Le chantier avait été officiellement lancé le 26 février 1986, sur un projet initié dès le XIXe siècle.

Vie-publique vous propose de relire les discours de François Mitterrand à l’occasion de ces cérémonies officielles celui prononcé à Coquelles et celui prononcé à Folkestone.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à Coquelles, le 6 mai 1994.

MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Cérémonie d'inauguration du tunnel sous la Manche en présence de la Reine Elizabeth II, dévoilement de la plaque commémorative, le 6 mai 1994

Madame,
- J'éprouve en ce jour, et les Français avec moi, j'en suis sûr, un sentiment particulier d'émotion et de fierté à vous accueillir pour l'inauguration du tunnel sous La Manche.
- Plus de deux siècles de rêves et de projets, d'initiatives échelonnées dans le temps, trouvent aujourd'hui leur aboutissement.
- Cette inauguration en présence de son Altesse royale le Prince Philip et de beaucoup d'autres personnalités britanniques et françaises, au premier rang desquelles Mme Thatcher et M. Pierre Mauroy qui furent à l'origine du projet, en même temps que les ministres des affaires étrangères Sir Geoffrey et M. Roland Dumas, scelle la volonté et la persévérance de nos deux pays.
- Volonté et persévérance n'ont jamais fléchi depuis plus de dix ans, malgré l'audace et les risques de l'entreprise. C'est le 11 septembre 1981 que l'aventure a commencé. Ce jour-là, le projet de construction d'un lien fixe transmanche a été relancé à l'occasion d'un sommet franco-britannique. C'est le 30 novembre 1984, lors du sommet de Rambouillet que la décision de principe a été arrêtée. Et le 12 février 1986, le traité du tunnel sous La Manche a été signé à Canterbury. Le 29 juillet 1987 à Paris, nos deux Etats ont échangé les instruments de ratification du traité, rendant cette démarche irréversible.
- En ces quatre circonstances - le récit sera court, mais l'œuvre a été longue - ce qui fut décisif a été l'engagement personnel des responsables de nos deux pays. Et j'ai plaisir à rappeler précisément, en présence du Premier ministre de l'époque et de M. John Major, tous ces éléments qui montreront ce que peut être la réussite, c'est-à-dire une somme d'efforts.
- Et pourtant, cette volonté n'aurait pas suffi si elle n'avait été relayée par celle des créateurs et des initiateurs du projet, par celle des diplomates, des juristes, des financiers, des ingénieurs, des ouvriers de tous les corps de métier. J'écoutais avec intérêt les propos de M. le président Bénard, auquel j'associerai Sir Alistair Morton, qui ont, à tous moments, connu les épreuves, les affres, mais aussi les joies d'une entreprise menée à bien.
- Grâce à la fructueuse collaboration instaurée entre les Etats et le secteur privé, par le système de la concession, un prodigieux travail d'imagination, d'invention, de précision a permis qu'aujourd'hui cet ouvrage impressionnant puisse exister. Je veux encore rendre hommage à tous ceux qui y ont pris part et j'en ai cité beaucoup. Le plus humble devra se reconnaître dans le compliment que je leur adresse.
- Voilà bien la preuve que lorsque la Grande Bretagne et la France s'accordent pour travailler ensemble et mettre en commun leurs immenses ressources matérielles et humaines, elles réalisent de grandes choses. Peut-être pourrions-nous nous en inspirer davantage.
Nous avons désormais une frontière terrestre, Madame, Calais n'est plus qu'à une demi-heure de Folkestone et Londres n'est plus qu'à trois heures, bientôt, 2h30, plus tard sans doute moins encore, de Paris. Mais ce qui se passe entre nous n'est pas indifférent au reste de l'Europe et à son devenir, cette Europe présente en ce jour en la personne de deux grands fondateurs et constructeurs de notre Union, le Premier ministre du Royaume de Belgique, M. Dehaene, et le Président de la Commission européenne, M. Jacques Delors.
- A terme, cette liaison à grande vitesse reliera également Londres à Bruxelles, puis Amsterdam et Cologne, sans oublier la suite que le siècle prochain décidera. Cette réalisation est donc un atout majeur pour le renforcement de l'Union européenne, un élément décisif dans l'élaboration et la mise en oeuvre du marché unique, un pas supplémentaire pour le rapprochement entre les peuples eux-mêmes.
- Au fur et à mesure de l'avancée des travaux, le tunnel est devenu une réalité dans le paysage quotidien de nos pays. Il est apparu comme un lien définitif entre la Grande-Bretagne et le continent. Sa mise en service ne pourra que renforcer ce sentiment. Car, au-delà de l'aspect primordial que revêt la liaison fixe transmanche pour l'approfondissement des relations bilatérales, je salue sa vocation européenne, dans les deux dimensions politique et économique.
- Ce nouvel axe de communication préfigure de manière exemplaire une Europe à la pointe de la technologie. Elle pourrait faire tellement plus, unie et solidaire et c'est cette solidarité entre les Etats membres qui la composent qui symbolise l'Europe, point de départ d'une autre grande aventure, celle, je l'ai dit, du prochain siècle.
- Je crois, madame et vous mesdames et messieurs, que nous pourront être fiers d'avoir poursuivi l'œuvre jusqu'à son terme qui précédera la construction dont nous continuons de rêver, si le rêve, comme cela est montré aujourd'hui, reste proche de la réalité.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur les relations franco-britanniques depuis les deux guerres mondiales et les perspectives ouvertes par la construction du tunnel sous la Manche, à Folkestone, le 6 mai 1994.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Cérémonie d'inauguration conjointe du tunnel sous la Manche en présence de la Reine Elizabeth II, dévoilement de la sculpture commémorative, le 6 mai 1994

ti : Madame, le lien fixe transmanche dont je viens d'inaugurer le débouché français à Coquelles, il a quelques quarts d'heure, restera sans doute l'une des réalisations les plus prestigieuses du siècle.
- Prestigieuse, parce qu'à la fois spectaculaire, audacieuse, indispendable et attendue depuis si longtemps que l'on n'y croyait plus | A vrai dire notre traversée, la nôtre, Madame, mais aussi la traversée de toutes celles et de tous ceux qui nous accompagnaient, a été moins difficile que celle de Blériot, que celle de Webb et encore un peu moins que celle des cosmonautes partis pour la Lune ou que la découverte du pôle nord : j'arrête là l'énumération, puisque l'on nous a demandé de franchir le Channel dans une confortable voiture, la vôtre Madame, il est probable que cela ne se produira plus souvent.
- Nous avons commémoré, il y a un mois, le 90ème anniversaire de l'Entente cordiale, puisqu'elle s'appelle ainsi, qui est en effet cordiale, enfin presque toujours entre la Grande-Bretagne et la France et l'anniversaire de cette Entente cordiale marque bien l'une des étapes majeures de ce rapprochement. Les deux guerres mondiales ont transformé cette alliance virtuelle en une véritable union militaire. Une alliance et, dans les moments graves, une amitié. Nous célébrerons dans un mois, solennellement, le sacrifice des dizaines de milliers de combattants membres des forces alliées qui moururent sur le sol français pour libérer l'Europe du joug nazi.
- Et nous sommes là pour célébrer cela aussi. Comment oublierions-nous, nous Français, qu'à cette époque notre pays a trouvé aide, secours et force grâce à vous ? J'ai pu moi-même vivre à Londres le temps particulier d'un de ces blitz qui saccagèrent votre ville. J'ai pu moi-même éprouver le courage des habitants de cette ville et, de plus loin, je savais le courage de votre famille, Madame, celui de vos parents et celui des jeunes filles, la Reine d'abord, qui allaient incarner le Royaume-Uni. Eh bien, je vous en remercie. Je vous en remercie au nom de la France. Ici m'accompagnent le chef du gouvernement de la République française et des membres de ces gouvernements qui se sont associés étroitement à chacune de ces démarches et nous répéterons encore au nom de notre pays l'expression du remerciement que l'on vous doit.
- Ce sont peut-être des paroles rituelles pour beaucoup mais ce ne sont pas des paroles ordinaires pour ceux qui ont vécu ce temps si difficile où nous vivions les uns par les autres et par l'existence de notre alliance.
Le tunnel sous la Manche permettra d'ajouter une dimension supplémentaire à notre voisinage. Nous sommes deux puissances voisines, l'une et l'autre membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies ; l'une et l'autre détentrice de l'arme nucléaire ; l'une et l'autre membre de l'Union européenne que nous avons construite ensemble. Nous n'avons pas de contentieux bilatéral. C'est-à-dire qu'il existe une identité de situation qui ne peut que conduire à une entente durable, véritable, profitable, à une seule condition : le vouloir.
- Notre rôle est aujourd'hui d'enrichir cette relation. Les peuples, nos peuples, n'ont certes pas attendu l'action des puissances publiques, des Etats, pour coopérer. Nos relations sont si multiples et si variées, les initiatives si spontanées qu'après tout, elles ne demandent guère de s'en charger. Pourtant, réfléchissons | Lorsqu'il s'agit d'entreprendre un projet d'une pareille envergure que celui que nous célébrons, on ne peut pas se passer de la puissance publique. Et c'est pourquoi nous avons décidé, un jour, et à plusieurs reprises, et particulièrement à Rambouillet en 1984, puis à Canterbury en 1986, et entre Etats et gouvernements, la construction du tunnel sous la Manche. Manquait en vérité ce lieu devenu réel et qui restera longtemps symbolique, qui nous vaut votre hospitalité en ce moment et dont on rêvait depuis deux siècles.
- Il symbolise le tunnel sous la Manche, l'ancrage de votre pays à l'Europe continentale et vice et versa, de l'Europe continentale à la Grande-Bretagne. Et ne limitons pas votre vision au seul trafic existant entre deux capitales | Le réseau européen à grande vitesse a pour objectif d'établir une relation profonde entre les plus grands pôles de développement économique européen, en améliorant les voies d'accès direct entre le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest de notre continent. Nul, en vérité, ne sera à la périphérie | Nous serons tous à l'intérieur de la même construction. Que dis-je ? Nous y sommes déjà | Eh bien, madame, en vous remerciant de vos propos d'il y a un instant, je veux rendre hommage à ceux qui ont rendu possible la création de ce lien dans tous les domaines, à tous les échelons. Si je cite deux noms, ce sera simplement ceux de Sir Alistair Morton, de M. Bénard, parce qu'ils sont à la tête de cette action. Mais ils savent bien eux-mêmes et ne manquent jamais de le dire, qu'il y a avec eux des milliers d'hommes et de femmes qui ont permis cette unique réalisation.
- Madame, ma pensée, notre pensée à nous, Français, va aujourd'hui vers votre peuple, vers le Royaume-Uni, pour lui souhaiter tout ce que l'on peut, tout ce que l'on doit souhaiter de chance, de persévérance et donc de réussite à nos amis.

INAUGURATION DU TUNNEL SOUS LA MANCHE LE 6 MAI 1994
INAUGURATION DU TUNNEL SOUS LA MANCHE LE 6 MAI 1994

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