LES RECASES DE LA REPUBLIQUE

Publié le par L' équipe du blog.

Recaser des amis en politique,

une tradition tenace

Publié par Meddy Mensah le Mardi 26 Mai 2015 : 17h11

Les journalistes Roger Lenglet et Jean-Luc Touly viennent de publier « Les recasés de la République », un livre choc qui pointe les privilèges d’une petite caste.

"Copinage et recasage. Voilà aujourd’hui les deux règles de la République.", s’est exclamé Bruno Le Maire sur TF1, réagissant à l’affaire Agnès Saal.

Le député de l’Eure a ensuite fait l’apologie du non-cumul des mandats qu’il s’était lui-même appliqué en démissionnant de son poste dans la fonction publique en 2012 : "Je demande à tous les hauts fonctionnaires qui font de la politique de démissionner de la fonction publique pour renouveler les générations et surtout en finir avec une démocratie en France qui est devenue une monarchie technocratique."

Bruno Le Maire a-t-il lu Les recasés de la République (sorti le 23 avril aux éditions First), le livre-enquête des journalistes Roger Lenglet et Jean-Luc Touly ? La quatrième de couverture donne en tout cas le ton : "Nichés au sein des institutions, des fondations, ou à des postes enviables du secteur privé, ils jouissent de revenus très confortables et échappent souvent à tout contrôle. Le réseau des recasés de la République, qui abrite de nombreuses célébrités et une armée d'inconnus qui valent le détour…"

"Cela s'apparente à un corps créé pour recaser les copains"

Dans cet ouvrage qui pointe plus d’une centaine de noms, apparaît au grand jour l’existence de "préfets hors cadre", une catégorie bannie par le général de Gaulle puis réintroduite par François Mitterrand. Qu’est-ce qu’ "un préfet hors cadre" ? Un ami, un proche que l’on veut recaser entre deux élections ou entre deux postes ministérielles par exemple, moyennant un joli revenu mensuel de 5 000 euros.

"Cela s'apparente à un corps créé pour recaser les copains, fustige l’un des auteurs de l'ouvrage. C'est confortable entre deux mandats, d'autant que, même quand ils quittent cette fonction pour en occuper une autre, l'Etat continue de cotiser pour leur retraite."

Une pratique courante à droite comme à gauche. Quand l’UMP était au pouvoir, les sarkozystes Brice Hortefeux (en 1995) et Laurent Solly (en 2006) avaient profité de cette niche dorée. Depuis le début de l’année, François Hollande et Manuel Valls ont nommé quatre proches à cet emploi que la Cour des comptes a qualifié "d’emploi fantôme" dans un rapport rendu fin 2014.

Les quatre "préfets sans préfectures" sont Marc Vizy, le conseiller spécial pour l'Outre-Mer du président de la République, Isabelle Sima, chef de cabinet de François Hollande, Sébastien Gros, chef de cabinet de Manuel Valls, et Christian Gravel, autre proche du Premier ministre qui dirigeait le Service d'information du gouvernement (SIG).

Une hausse de 70% de ces nominations en 30 ans

Dans son rapport, la Cour des comptes s’alarme d’une hausse de 70% de ces nominations en 30 ans (passant de 44 à 75) et en est venue à demander la suppression des "préfets hors cadre".

Le Premier ministre a répondu : "Il n’est actuellement pas envisagé de supprimer cette voix d’accès au corps des préfets."

Invité sur LCI, Roger Lenglet avait dénoncé cette pratique, indiquant que "souvent les récasés devenaient des recaseurs, éventuellement ministres, revenant, repartant dans des beaux placards en touchant beaucoup d’argent et en se préparant de belles retraites." Il avait ensuite indiqué une "aggravation" de ce phénomène ; "c’est ce que constate la Cour des comptes régulièrement dans ses rapports." "C’est devenu énorme, une privatisation.", alarme-t-il.

Il cite également le contre-exemple du général de Gaulle qui avait refusé sa pension de général et de président de la République pour vivre uniquement de ses livres. "Du jamais vu", selon l’auteur qui parle maintenant "d’un affairisme après la présidence de la République".

LES RECASES DE LA REPUBLIQUE

Publié dans Notre Temps

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