ENTRETIEN AVEC LE RECTEUR DU SANCTUAIRE D'ARS

Publié le par L' équipe du blog.

Père Chocholski : «Je suis fier de la laïcité française»

Entretien avec le recteur du sanctuaire d’Ars

Publié le 19 mai 2015 à 14:00 dans Religion

Prêtre catholique, Patrice Chocholski est l’actuel recteur du sanctuaire d’Ars, dédié à saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), connu comme « le saint curé d’Ars »

Elisabeth Lévy. Dans une France que l’on croyait déchristianisée, on assiste, depuis le début des années 2000, et de façon spectaculaire avec les Manifs pour tous de 2013, à l’affirmation d’un catholicisme décomplexé, qui entend agir dans la société. Y aurait-il une re-catholicisation du catholicisme, comme on a pu observer une ré-islamisation de l’islam ?

Patrice Chocholski. Si vous m’interrogez sur l’avenir du christianisme, je ne suis pas devin. Ce que je sais, c’est qu’il dépendra de la façon dont chaque chrétien se laissera habiter par le Christ et, en conséquence, servira ses frères dans l’universel. Or, je vois aujourd’hui beaucoup de jeunes catholiques qui expriment en toute simplicité ce qu’ils ont dans le cœur, et qui, parfois, voudraient « le crier sur les toits » à tous leurs frères humains, pour reprendre les mots d’Albert Cohen. Mais cet héritage que les nouvelles générations redécouvrent, ce trésor que je porte pour moi-même, pour mon Église et pour la société tout entière, le pape François nous rappelle que nous le recevons dans des vases d’argile, il nous habite, mais nous ne le possédons pas. C’est dit très clairement dans un document du Vatican de 1991, Dialogue et annonce : un chrétien croit en la vérité, il désire être habité par la vérité faite personne, mais il ne peut prétendre détenir la Vérité, car on ne possède pas une personne. Le catholicisme en France a eu trop tendance à donner des leçons à tout le monde. Nous devons avoir une autre attitude et partager notre trésor avec humilité.

Et que vous recommande cette humilité quand vous voyez des unes de Charlie Hebdo ridiculisant le pape ou le Christ ? De tendre la joue gauche ?

Le chrétien n’est pas là pour plaire et il n’a pas à étouffer la vérité pour se rendre sympathique. Nous infligeons des blessures et nous en recevons. Si tu te sens blessé par ton frère, va rencontrer ton frère, nous dit l’Évangile. Si je suis blessé par un numéro de Charlie Hebdo, je dois l’exprimer, mais sans rancune, fraternellement. Le saint curé d’Ars, saint Jean-Marie Vianney, dont je dirige le sanctuaire, recevait des gens venus se confesser de toute la France. Au plus grand des pécheurs, il disait : « Cela a dû être dur pour toi de vivre ainsi loin de Dieu et de tes frères. » On peut dire la vérité avec tendresse.

La tendresse n’étouffe pas certains de vos adversaires. Le geste de l’Église, qui a fait sonner le glas à Notre-Dame pour les victimes de Charlie Hebdo, n’a suscité que mépris et moqueries dans le numéro publié après l’attentat. Alors, on dirait que, chez pas mal de cathos aussi, l’humeur est à la colère plutôt qu’à l’humble tendresse que vous recommandez…

Je vous ferai la même réponse que saint François de Sales, qui prêchait de répondre au mal par le bien. Un jour, quelqu’un l’a apostrophé : « Ainsi, quand on reçoit une gifle sur la joue droite, il faut tendre la joue gauche ? Et si je vous en donne une, maintenant ? » « Essaye toujours », a répondu saint François de Sales.

ENTRETIEN AVEC LE RECTEUR DU SANCTUAIRE D'ARS

Publié dans Sujets de société

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JCF 20/05/2015 14:43

En termes élégants, les réponses sont faites dans la droite ligne des divers messages d'amour et de fraternité de l'Eglise.