SI 2015 RESSEMBLE A 1615...

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Si 2015 ressemble à 1615,

on va bien s’emmerder

Xavier de La Porte l'OBS et Rue 89

Dans son édition du 1er janvier, Le Parisien émet une théorie majeure.

L’article s’intitule « 2015 : et si on vivait une année historique ? ». S’appuyant sur un livre qui vient de paraître aux éditions L’Archipel (« La Fatalité de l’an XV », de Bernard Lecherbonnier et Serge Cosseron), il fait le raisonnement suivant : les années en XV ont toujours été des tournants dans l’Histoire de France.

· 1415 : bataille d’Azincourt, défaite contre les Anglais.

· 1515 : bataille de Marignan, début du règne de François Ier et de la Renaissance.

· 1715 : mort de Louis XIV, début du Siècle des Lumières.

· 1815 : Waterloo, chute de Napoléon.

· 1915 : la Première Guerre mondiale s’enfonce dans les tranchées.

Ce qui amène Bernard Lecherbonnier, qui fut professeur à La Sorbonne et à Paris-XIII, à ce constat :

« Tous les ans XV ancrés dans les mémoires ont été précédés par des troubles que nous connaissons aujourd’hui à l’instar de la crise financière, la débâcle économique, les conflits internationaux... »

Pour lui, la France d’aujourd’hui se trouve dans une situation semblable à celle de 1715 à la mort de Louis XIV :

« Il y a eu sous son règne une première partie florissante, qui pourrait correspondre aux fameuses Trente Glorieuses d’après-guerre, et une seconde partie avec trois décennies catastrophiques de dépression économique, aggravée par une mauvaise gouvernance. »

CQFD : nous voilà à un point de rupture de l’Histoire.

Pourquoi donc manque-t-il 1615 ?

Le premier réflexe est de se dire : mais que cette théorie est débile. Et pour le prouver, on fait un constat. Dans cette énumération des ans XV, il manque 1615. Pourquoi ? Que s’est-il passé en France en 1615 ?

Rapide tour sur Wikipédia et autres ressources disponibles un 1er janvier où on est trois pour faire tourner le journal (c’est-à-dire où on n’a pas trois heures à consacrer à la lecture d’une histoire détaillée du XVIIe siècle).

Eh bien, justement :

· Louis XIII se marie avec Anne d’Autriche, infante d’Espagne.

· Sa sœur Elisabeth épouse Philippe, prince des Asturies.

· Suite de la lutte qui oppose la régente Marie de Médicis et une partie de la noblesse menée par Condé (elle dure en gros jusqu’en 1620).

· Fortes tensions religieuses (les protestants s’allient à Condé).

· Renouvellement de l’édit d’expulsion des juifs (il datait de 1394).

· Début de la construction du Palais du Luxembourg (elle dure jusqu’en 1631).

· Gassendi visite Paris.

· Agrippa d’Aubigné achève ses « Tragiques ».

· Gel des oliviers dans le Languedoc.

Une théorie un peu plus subtile

Il se passe des choses évidemment (et sans doute en avons-nous oubliées beaucoup), mais rien de majeur. Toutes les tensions qui animent le royaume s’exprimant de manière moins violente qu’elles ne l’avaient fait auparavant (la Saint-Barthélémy date de 1572) et qu’elles ne le feront par la suite (la Fronde éclatera pendant la minorité de Louis XIV).

D’où une hypothèse qui vient contrebalancer la précédente : si 2015 ressemble à 1615, on va s’emmerder. Pas de rupture à l’horizon. Rien.

Et même si la théorie de Bernard Lecherbonnier et Serge Causseron est un peu plus subtile que ne le rapporte le Parisien – ce qu’ils évoquent dans leur livre, c’est moins l’an XV en lui-même que le tournant entre l’an XIV et l’an XV –, on ne peut pas dire que le tournant 1614-1615 nous laisse espérer de grands bouleversements. Bref, l’Histoire dit ce qu’on veut lui faire dire.

Bonne année quand même.

Portrait de Louis XIII, de Philippe de Champaigne (Wikimedia Commons)

Portrait de Louis XIII, de Philippe de Champaigne (Wikimedia Commons)

Publié dans Politique

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