DOSSIER: L'ASEXUALITE...

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Asexuel: peut-on s'aimer sans jamais faire l'amour?

Par Caroline Franc Desages publié le 15/09/2014 à 07:00, mis à jour à 18:31

De plus en plus de personnes affichent leur asexualité, revendiquant leur désintérêt pour les activités charnelles. Comment expliquer que pour certains l'amour se dissocie du désir ou de l'attirance?

Un asexuel peut tout à fait éprouver des sentiments amoureux sans ressentir l'envie de relations sexuelles avec la personne aimée.

Sur les forums qui leur sont dédiés, ils se surnomment les "A", comme asexuels. Et ils l'assurent, le sexe, tout bonnement, ne les intéresse pas. Ils ne supportent pas d'être perçus comme malades, frustrés ou en attente "de la bonne personne".

"Etre asexuel signifie ne pas ressentir le besoin ou l'envie d'avoir des relations sexuelles avec les autres. Un asexuel ne voit donc pas l'intérêt d'avoir des rapports sexuels et pourra passer sa vie entière sans relations sexuelles sans en souffrir", décrit ainsi le site"Asexuality.org", qui fait référence chez les "A". Et de souligner la différence avec l'abstinence: "les abstinents se privent de sexe, alors que les asexuels n'en ressentent pas le besoin."

"Ni dégout ni peur particulière mais de l'indifférence"

L'asexualité serait donc une "orientation sexuelle". "D'aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais ressenti cette excitation dont mes amies me parlaient lorsque nous étions étudiantes et qu'elles faisaient leur apprentissage amoureux", raconte Cathy, 41 ans. "Je n'éprouvais ni dégoût ni peur particulière, simplement une vraie distance, comme si je n'avais pas été programmée pour ça, de la même façon que j'ai toujours manifesté un intérêt très limité pour les aliments sucrés, sans pouvoir me l'expliquer".

Une indifférence qui a fini par peser sur les épaules de la jeune femme, lasse d'être "considérée comme une bête curieuse ou une bonne soeur". "J'ai fini par céder aux avances d'un gentil garçon et je ne peux pas dire que cette expérience fut désagréable, mais je n'ai pas compris que l'on en fasse à ce point une histoire. Surtout, je n'ai pas vraiment eu envie de recommencer". Après quelques histoires sans lendemain, Cathy a décidé de "fermer cette porte", même si elle l'admet, "cela implique de vieillir seule, difficile d'envisager une vie à deux sans rapports sexuels, à moins de tomber sur un compagnon qui partage le même point de vue sur la chose".

"Un asexuel peut tout à fait éprouver des sentiments amoureux"

Parce que - et c'est là toute la complexité de l'asexualité - beaucoup de ceux qui s'en disent atteints assurent également pouvoir aimer et rêver de couple. "Etre attiré sexuellement et tomber amoureux d'une personne sont deux choses bien différentes (même si chez la majorité des gens, elles sont souvent simultanées). Un asexuel peut tout à fait éprouver des sentiments amoureux sans ressentir l'envie de relations sexuelles avec la personne aimée.", peut-on ainsi lire sur Asexuality.org.

"Bien sûr qu'il est possible d'aimer sans faire l'amour, près de la moitié des couples de plus de 70 ans vieillissent ainsi et c'est le cas d'autres personnes plus jeunes, il n'y a pas de jugement à porter là dessus et je ne vois pas au nom de quoi on pourrait remettre en cause cet amour", commente Pascal de Sutter, docteur en psychologie. De fait, confirme Myriam Beaugendre, psychologue clinicienne, "deux personnes qui continuent à s'aimer sans relations charnelles ont en général su identifier ce qui les nourrit personnellement et à deux. Il y a une circulation d'amour entre les partenaires mais pas nécessairement sous une forme sexuelle", analyse-t-elle. "Réduire l'amour à la sexualité ne rendrait pas honneur aux formes infinies par lesquelles on peut manifester ses sentiments à l'autre", ajoute-t-elle.

"Mon entourage semble être plus inquiet pour moi que je ne le suis"

Cela étant dit, suggère Pascal de Sutter, "on peut se poser la question de ce renoncement". "N'est-il pas en effet psychologiquement plus confortable d'ériger cette absence de sexualité en mode de vie plutôt que de se pencher sur les éventuelles raisons expliquant ce dysfonctionnement?" Parmi ces causes, peuvent figurer le vaginisme, des contractions violentes du vagin qui empêchent tout rapport ou les rendent douloureux, une impuissance, une éjaculation précoce qui peut tellement complexer que l'on n'ose plus faire l'amour, etc.

Un point de vue que conteste François, 32 ans, convaincu de n'avoir aucun "problème": "pourquoi faudrait-il absolument expliquer mon manque d'attrait pour le sexe par un traumatisme d'enfance ou un œdipe

mal digéré? Je remarque avec amusement que l'entourage semble être plus inquiet pour moi que je ne le suis". Sa vie amoureuse, il la conçoit "avec sérénité", convaincu de rencontrer un jour une personne qui comme lui "trouvera le désir ailleurs que sous la couette".

Encore faut-il précise Albert Barbaro, sexologue, que les deux protagonistes du couple soient sur la même longueur d'onde. Ce qui peut être le cas durant une certaine période, puis soudain changer: "il peut parfois s'écouler des mois, voire des années sans qu'il n'y ait d'activité sexuelle. Et puis un jour, ce qui semblait convenir aux deux n'est plus satisfaisant". "S'il n'y a aucune raison d'envoyer chez le psy ou le sexologue toutes les personnes asexuelles, d'autant moins lorsqu'elles s'en satisfont, il me semble important de faire passer ce message: il est possible de faire renaitre le désir, de (re)trouver cet appétit sexuel, comme il est possible de redonner l'envie de manger à quelqu'un qui en aurait perdu le gout," conclut Pascal de Sutter.


Publié dans Sujets de société

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